Santé et questionnairePublié le 26 octobre 2026 · Mis à jour le 26 octobre 2026 · 11 min de lecture

Fausse déclaration au questionnaire de santé de l'assurance emprunteur : que risquez-vous vraiment en 2026 ?

Médecin remplissant un dossier médical, illustration du questionnaire de santé de l'assurance de prêt immobilier

Une fausse déclaration au questionnaire de santé de l'assurance emprunteur n'a pas toujours la même sanction. Le code des assurances distingue deux cas : le mensonge volontaire, qui rend le contrat nul (article L113-8), et l'erreur ou l'oubli de bonne foi, qui n'entraîne qu'une hausse de cotisation ou une indemnité réduite (article L113-9). C'est à l'assureur de prouver la mauvaise foi. Le sujet n'a rien de théorique : la Médiation de l'Assurance a reçu 46 830 saisines en 2025, soit 28 % de plus qu'en 2024, selon son rapport annuel publié en septembre 2026, et la commission de médiation AERAS, dédiée aux risques aggravés de santé, a enregistré 362 demandes en 2025 (+32,6 %). Voici, chiffres à l'appui, ce que chaque cas coûte à l'emprunteur et à sa famille.

Fausse déclaration ou simple oubli : qu'est-ce qui change ?

Lors de l'adhésion, l'article L113-2 du code des assurances oblige l'assuré à répondre exactement aux questions posées par l'assureur, notamment dans le formulaire de déclaration du risque. Le questionnaire de santé est ce formulaire. Tout se joue ensuite sur l'intention :

Deux garde-fous jouent en faveur de l'emprunteur. D'abord, la bonne foi est présumée : l'assureur doit démontrer que vous avez menti en connaissance de cause, ce qu'il fait le plus souvent en rapprochant vos réponses de votre dossier médical (dates de consultation, ordonnances, arrêts). Ensuite, la Cour de cassation, réunie en chambre mixte le 7 février 2014 (pourvoi n° 12-85.107), a jugé que l'assureur ne peut invoquer une fausse déclaration que si elle procède des réponses à des questions précises posées lors de la conclusion du contrat. L'article L112-3 du code des assurances va dans le même sens : une réponse imprécise à une question formulée en termes généraux ne peut pas vous être reprochée. Une déclaration pré-rédigée et vague du type « je suis en bonne santé » ne suffit donc pas.

SituationTexteDécouverte avant sinistreDécouverte après sinistreCotisations versées
Mensonge prouvé par l'assureurL113-8Contrat nulAucune indemnisation, même sans lien avec le sinistreRestent acquises à l'assureur
Erreur ou oubli de bonne foiL113-9Hausse de cotisation acceptée par vous, ou résiliation 10 jours après notificationIndemnité réduite au prorata de la cotisation qui aurait été duePartie non couverte remboursée en cas de résiliation
Information non demandée par une question préciseCass. ch. mixte 2014Pas de sanctionPas de sanctionAucun impact
Antécédent couvert par le droit à l'oubliLoi Lemoine 2022Rien à déclarerPas de sanctionAucun impact
Le questionnaire de santé ne se remplit pas de mémoire : il se remplit avec son carnet de santé, ses ordonnances et ses arrêts de travail des dernières années sous les yeux.

Que se passe-t-il si l'assureur découvre l'erreur avant un sinistre ?

Si l'erreur est découverte avant tout sinistre, par exemple lors d'un contrôle, d'un échange avec le médecin-conseil ou parce que vous la signalez vous-même, l'article L113-9 laisse deux options à l'assureur lorsque la mauvaise foi n'est pas établie :

  1. maintenir le contrat moyennant une cotisation plus élevée, que vous devez accepter ;
  2. résilier le contrat dix jours après vous l'avoir notifié par lettre recommandée, en vous restituant la part de cotisation correspondant à la période qui ne sera plus couverte.

La résiliation est la vraie menace : votre banque exige une assurance pendant toute la durée du prêt, il faut donc trouver un nouveau contrat aux garanties équivalentes, cette fois en déclarant l'antécédent. Avec un risque aggravé, comptez sur une surprime ou des exclusions. Notre guide sur la maladie chronique et la convention AERAS détaille les trois niveaux d'examen du dossier.

En cas de mensonge prouvé, l'assureur peut faire constater la nullité du contrat sans attendre de sinistre. Vous vous retrouvez alors sans assurance, avec un prêt en cours.

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Combien perd-on après un sinistre ? Notre cas chiffré sur 250 000 €

C'est le scénario que les emprunteurs sous-estiment : la réduction proportionnelle peut laisser une dette importante aux héritiers ou au co-emprunteur. Prenons un cas type, calculé par notre équipe : 250 000 € empruntés sur 20 ans à 3,66 %, un seul emprunteur assuré à 100 %, mensualité hors assurance de 1 470,54 €. L'emprunteur a omis de bonne foi un antécédent. Il a payé une assurance à 0,30 % du capital initial par an (62,50 € par mois) ; s'il avait tout déclaré, l'assureur aurait appliqué une surprime de 50 %, soit 0,45 % (93,75 € par mois). Ces taux sont des hypothèses pédagogiques.

Au décès, l'assureur doit en principe le capital restant dû. Avec l'article L113-9, il ne verse que 0,30 / 0,45, soit les deux tiers de cette somme. Le reste demeure dû à la banque.

Décès aprèsCapital restant dûBonne foi (L113-9) : versé par l'assureurBonne foi : reste dû par la familleMauvaise foi (L113-8) : reste dûCotisations perdues si nullité
3 ans223 102 €148 735 €74 367 €223 102 €2 250 €
8 ans171 169 €114 113 €57 056 €171 169 €6 000 €
12 ans122 221 €81 481 €40 740 €122 221 €9 000 €

Lecture : l'économie réalisée en cachant l'antécédent est de 31,25 € par mois, soit 3 000 € sur huit ans. En contrepartie, un décès au bout de huit ans laisse 57 056 € à la charge de la famille en cas de bonne foi, et 171 169 € en cas de mensonge prouvé. Le rapport risque/économie est de un pour dix-neuf dans le premier cas, de un pour cinquante-sept dans le second.

Deux précisions. La réduction est calculée sur le taux de cotisation qui aurait été appliqué, pas sur un pourcentage forfaitaire : plus la surprime évitée est forte, plus la réduction est lourde. Et c'est au juge, saisi par l'assureur, de fixer le montant de la réduction : la Cour de cassation l'a rappelé dans un arrêt du 10 juillet 2025 (n° 23-20.239), selon Le Monde du droit. Pour comprendre ce que deviennent le prêt et la succession dans ce cas, voir notre article sur le décès de l'emprunteur et la quotité.

Attention à l'arrêt de travail : la même logique s'applique aux garanties incapacité et invalidité. Une omission découverte lors d'une demande d'indemnisation d'arrêt de travail peut réduire, voire supprimer, la prise en charge des mensualités. Notre guide sur l'arrêt de travail et les refus d'indemnisation décrit la séquence de recours.

Qu'est-ce que vous n'avez pas à déclarer ?

Beaucoup d'emprunteurs surdéclarent par peur, ou cachent par méconnaissance de leurs droits. Or plusieurs situations sont expressément hors du champ de la fausse déclaration :

Le piège du changement d'assurance : en changeant de contrat en cours de prêt au-delà des seuils Lemoine, vous remplissez un nouveau questionnaire. Une maladie apparue depuis le premier prêt, couverte sans formalité par l'ancien contrat, doit alors être déclarée au nouvel assureur. Ne résiliez jamais l'ancien contrat avant d'avoir l'accord écrit du nouveau, aux garanties équivalentes. Notre guide changer d'assurance emprunteur en 2026 détaille la procédure.

Comment l'assureur découvre-t-il une fausse déclaration, et jusqu'à quand ?

L'assureur ne vérifie presque jamais le questionnaire à la signature quand vous répondez « non » partout. Le contrôle intervient au moment d'un sinistre : décès, arrêt de travail, invalidité. Il demande alors des pièces médicales (certificat du médecin traitant, compte rendu d'hospitalisation, historique des arrêts) et les compare aux dates de vos réponses. Les cas qui reviennent le plus souvent dans les dossiers de contestation :

Quant au délai, l'action de l'assureur se prescrit par deux ans (article L114-1 du code des assurances), mais ce délai ne court qu'à partir du jour où l'assureur a eu connaissance de la réticence ou de la fausse déclaration. En pratique, une omission vieille de quinze ans peut encore être opposée le jour où un sinistre déclenche l'examen du dossier médical. Il n'existe pas de « délai de sécurité » au-delà duquel une fausse déclaration serait effacée.

Vous avez fait une erreur : comment régulariser sans tout perdre ?

Si vous réalisez après coup qu'une réponse était inexacte, le pire réflexe est d'attendre. Tant qu'aucun sinistre n'est survenu, vous restez dans le cas le plus favorable de l'article L113-9. Notre méthode, de la plus sûre à la plus risquée :

  1. Rassemblez les preuves : dates exactes des consultations, ordonnances, arrêts. Vérifiez si l'antécédent entrait vraiment dans une question précise du formulaire, et s'il n'est pas couvert par le droit à l'oubli.
  2. Écrivez à l'assureur, par lettre recommandée, pour rectifier la déclaration en expliquant l'erreur. Une démarche spontanée, avant tout sinistre, est le meilleur indice de bonne foi.
  3. Comparez en parallèle des contrats en délégation qui intègrent l'antécédent déclaré : si l'assureur actuel propose une surprime élevée ou résilie, vous avez déjà une solution équivalente à présenter à la banque. Notre analyse des antécédents médicaux et de l'assurance de prêt liste les recours AERAS.
  4. En cas de refus de prise en charge fondé sur une fausse déclaration, demandez par écrit la motivation et les pièces sur lesquelles l'assureur s'appuie, puis saisissez le service réclamations, ensuite la Médiation de l'Assurance (gratuite). Selon son rapport 2025, 55 % des litiges traités ont abouti à une issue favorable au réclamant, en tout ou partie.

Une nuance de fond : régulariser ne protège que contre la sanction de l'article L113-9. Si l'assureur dispose déjà de preuves d'un mensonge délibéré, la lettre ne l'empêche pas d'invoquer la nullité. C'est un argument de plus pour remplir le questionnaire avec exactitude dès le départ, quitte à payer une surprime.

Sources et méthode

Article publié et mis à jour le 26 octobre 2026. Simulation pédagogique réalisée par l'équipe AssuranceMprunteur : emprunteur unique assuré à 100 %, 250 000 € sur 20 ans à 3,66 %, mensualités constantes, assurance calculée sur le capital initial (0,30 % payé, 0,45 % dû : hypothèses), réduction proportionnelle appliquée au capital restant dû à la date du décès. Ces chiffres ne constituent ni un conseil juridique personnalisé, ni une offre d'assurance.

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Équipe AssuranceMprunteur
Contenus rédigés par l'équipe éditoriale d'AssuranceMprunteur, spécialistes de l'assurance de prêt immobilier. Informations vérifiées et sourcées.

Questions fréquentes

Que risque-t-on en cas de fausse déclaration à l'assurance emprunteur ?

Tout dépend de la bonne ou de la mauvaise foi. Si l'assureur prouve que vous avez menti volontairement, le contrat est nul (article L113-8 du code des assurances) : aucune prise en charge, même pour un sinistre sans lien avec l'élément caché, et les cotisations versées restent acquises à l'assureur. Si l'erreur est de bonne foi (article L113-9), le contrat n'est pas annulé : découverte avant sinistre, l'assureur augmente la cotisation ou résilie ; après sinistre, il réduit l'indemnité en proportion de la cotisation qui aurait été due.

L'assureur peut-il annuler le contrat si la maladie cachée n'a rien à voir avec le sinistre ?

Oui, en cas de fausse déclaration intentionnelle. L'article L113-8 prévoit la nullité même lorsque le risque omis ou dénaturé a été sans influence sur le sinistre. Un emprunteur qui a caché une dépression et décède d'un accident peut donc voir la garantie refusée, si l'assureur prouve la mauvaise foi. En cas de simple erreur de bonne foi, c'est la réduction proportionnelle qui s'applique, pas la nullité.

Faut-il déclarer une maladie apparue après la signature du contrat ?

Non, pour l'assurance emprunteur. L'obligation de déclarer en cours de contrat les circonstances qui aggravent le risque (article L113-2, 3°) ne s'applique pas aux assurances sur la vie, catégorie dont relève la garantie décès de l'assurance de prêt. Une maladie survenue après l'adhésion est couverte dans les conditions du contrat. Attention en revanche si vous changez d'assurance : le nouveau contrat peut comporter un nouveau questionnaire, auquel il faudra répondre avec exactitude.

Doit-on déclarer un cancer guéri depuis plus de cinq ans ?

Non. Depuis la loi Lemoine, le droit à l'oubli s'applique cinq ans après la fin du protocole thérapeutique, sans rechute, pour les cancers et l'hépatite C : l'assureur ne peut pas demander cette information et vous n'avez pas à la déclarer. Le silence sur ces antécédents ne constitue donc pas une fausse déclaration. Pour d'autres pathologies, la grille de référence de la convention AERAS fixe des délais spécifiques.

Combien de temps l'assureur a-t-il pour invoquer une fausse déclaration ?

L'action de l'assureur se prescrit par deux ans (article L114-1 du code des assurances), mais ce délai ne court qu'à partir du jour où l'assureur a eu connaissance de la fausse déclaration, souvent au moment d'un sinistre, quand il demande le dossier médical. Une fausse déclaration faite il y a quinze ans peut donc encore être opposée lors d'une demande d'indemnisation. C'est pourquoi il vaut mieux régulariser avant tout sinistre.

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Sources : code des assurances (L113-2, L113-8, L113-9, L114-1), Cour de cassation (ch. mixte 7 février 2014 ; 10 juillet 2025), loi n° 2022-270 (Lemoine), convention AERAS, rapport 2025 de la Médiation de l'Assurance.

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