Réglementation3 septembre 2026 · 8 min de lecture

Aide à mourir : votre assurance de prêt doit désormais couvrir le décès (loi du 18 août 2026)

Balance de la justice symbolisant le cadre légal de l’assurance emprunteur
Réponse rapide

L'article 18 de la loi n° 2026-794 du 18 août 2026 ajoute un alinéa à l'article L. 132-7 du code des assurances : « L'assurance en cas de décès couvre le décès résultant de la mise en œuvre de l'aide à mourir ». La disposition s'applique aux contrats en cours à l'entrée en vigueur de la loi : votre assurance de prêt signée en 2019 ou en 2024 est concernée, sans avenant ni démarche. Le capital restant dû est remboursé à la banque comme pour tout autre décès.

L'essentiel
  • Loi n° 2026-794 du 18 août 2026, article 18 : l'assurance décès couvre désormais le décès résultant de l'aide à mourir (art. L. 132-7 du code des assurances, art. L. 223-9 du code de la mutualité).
  • Application aux contrats en cours : le texte le précise expressément. Aucune démarche à faire, aucun avenant à signer.
  • Ce n'est pas un suicide au sens du contrat : le législateur a créé un alinéa autonome, distinct de celui qui frappe de nullité le suicide de la première année.
  • Le plafond de 120 000 € (suicide en 1re année sur résidence principale) n'a pas bougé depuis le décret de 2002, quand le prêt moyen tourne aujourd'hui autour de 190 000 à 250 000 €.
  • Conditions légales requises : la couverture vise l'aide à mourir « prévue à l'article L. 1111-12-1 du code de la santé publique », donc mise en œuvre dans le cadre légal.

Le 18 août 2026, la loi relative au droit à l'aide à mourir a été publiée au Journal officiel. Son article 18 est passé presque inaperçu : il modifie le code des assurances et règle une question très concrète pour des centaines de milliers de ménages, celle du remboursement du crédit immobilier lorsque l'emprunteur recourt à l'aide à mourir. La réponse tient en une phrase du code : le décès est couvert. Ce guide détaille la portée exacte du texte, son application aux contrats déjà signés, et les quatre points à contrôler dans votre propre contrat.

Que change exactement la loi du 18 août 2026 pour l'assurance de prêt ?

L'article 18 de la loi n° 2026-794 du 18 août 2026 complète deux textes en miroir : l'article L. 132-7 du code des assurances (contrats d'assurance) et l'article L. 223-9 du code de la mutualité (contrats mutualistes). Dans les deux cas, la rédaction est la même et elle est affirmative :

« L'assurance en cas de décès couvre le décès résultant de la mise en œuvre de l'aide à mourir prévue à l'article L. 1111-12-1 du code de la santé publique. »
Article L. 132-7 du code des assurances, version en vigueur au 20 août 2026.

Trois observations sur la fabrique du texte, qui commandent toute la suite :

Concrètement, pour un emprunteur assuré à 100 % sur un crédit dont il reste 160 000 € à rembourser, l'assureur verse ces 160 000 € à la banque. La dette s'éteint. Le conjoint ou les héritiers reçoivent le logement libéré de son crédit, exactement comme dans n'importe quel autre scénario de décès couvert.

Pourquoi cette couverture s'applique-t-elle aussi aux contrats déjà signés ?

C'est le point le plus important du dispositif, et le plus facile à manquer, parce qu'il ne figure pas dans le code des assurances mais dans la loi elle-même. L'article 18 comporte une disposition transitoire explicite :

« Le présent article s'applique aux contrats d'assurance en cas de décès en cours à l'entrée en vigueur de la présente loi. »

En droit des assurances, c'est loin d'être la règle par défaut. La plupart des réformes ne s'appliquent qu'aux contrats souscrits après leur entrée en vigueur, ce qui crée des stocks de contrats « anciens régimes » pendant vingt ou trente ans. Ici, le législateur a fait l'inverse. La conséquence pratique est simple :

Situation de votre contratCouverture du décès par aide à mourirDémarche à faire
Contrat groupe bancaire signé avant le 18 août 2026Oui, de plein droitAucune
Délégation externe signée avant le 18 août 2026Oui, de plein droitAucune
Contrat mutualiste (code de la mutualité)Oui, art. L. 223-9 modifié en miroirAucune
Nouveau contrat souscrit après le 18 août 2026OuiAucune
Clause d'exclusion contraire dans vos conditions généralesOui — la clause est privée d'effet par la loiAucune, mais la signaler à l'assureur

Autrement dit : si vous ouvrez aujourd'hui vos conditions générales et que vous n'y trouvez aucune mention de l'aide à mourir, c'est normal. La quasi-totalité des notices d'information en circulation ont été rédigées avant août 2026 et n'ont pas encore été mises à jour. Le silence du contrat n'est pas une exclusion : la loi s'impose au contrat.

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L'aide à mourir est-elle traitée comme un suicide par le contrat ?

C'est la question qui inquiète le plus, parce que tout le monde a en tête la fameuse « exclusion du suicide la première année ». La réponse tient à l'architecture même de l'article L. 132-7, qu'il faut lire alinéa par alinéa.

Alinéa de l'art. L. 132-7Ce qu'il prévoitCondition de durée
Alinéa 1Nullité de l'assurance si l'assuré se donne volontairement la mortPendant la 1re année du contrat
Alinéa 2Couverture obligatoire du risque de suicideÀ compter de la 2e année (et 2e année suivant toute augmentation de garanties)
Alinéa 4Couverture dès la souscription pour les prêts « logement principal »Aucune, mais plafonnée par décret
Alinéa 5 (nouveau, 2026)Couverture du décès résultant de l'aide à mourirAucune condition de durée ni de plafond dans le texte

Le législateur n'a pas ajouté l'aide à mourir à la liste des suicides couverts sous conditions : il a créé une règle autonome, placée après les alinéas consacrés au suicide, sans la subordonner à un délai ni à un plafond. La lecture la plus directe du texte est donc que le délai de carence d'un an ne s'applique pas à l'aide à mourir, y compris sur un contrat souscrit récemment.

Précaution de lecture. Le texte est entré en vigueur il y a quelques semaines et aucune jurisprudence ne l'a encore interprété. L'analyse ci-dessus repose sur la structure de l'article et sur l'absence de toute condition dans l'alinéa 5. En cas de sinistre, la position d'un assureur peut différer : il faut alors demander un refus écrit et motivé, puis saisir le service réclamations et, le cas échéant, La Médiation de l'Assurance.

La limite : l'aide à mourir hors cadre légal

L'alinéa 5 ne vise pas n'importe quel acte : il vise « l'aide à mourir prévue à l'article L. 1111-12-1 du code de la santé publique ». Un décès survenu en dehors de cette procédure — conditions d'éligibilité non remplies, absence de décision médicale, acte pratiqué à l'étranger hors dispositif français — ne relève pas de cet alinéa. Il retomberait alors dans l'analyse classique des alinéas 1 et 2, avec le délai d'un an. C'est la nuance que les notices d'assurance devront traiter dans les mois qui viennent.

Que couvre réellement le plafond de 120 000 € ?

Le plafond dont on parle partout ne concerne pas l'aide à mourir : il concerne le suicide survenu pendant la première année du contrat, lorsque le prêt finance l'acquisition du logement principal. La loi renvoie sa fixation à un décret ; ce montant est de 120 000 € depuis le décret n° 2002-452 du 28 mars 2002. Il n'a pas été revalorisé depuis.

Voilà ce que cela donne face au marché du crédit de 2026. Selon l'Observatoire Crédit Logement/CSA, le montant moyen emprunté se situe autour de 190 500 € dans les régions les plus accessibles et dépasse 250 000 € en Île-de-France, pour une durée moyenne de 254 mois et un taux moyen de 3,30 % en juillet 2026.

Profil d'emprunt (résidence principale)Capital empruntéCouvert par le plafond en 1re annéeReste à la charge des héritiers
Primo-accession en région190 500 €120 000 € (63 %)70 500 €
Achat familial Île-de-France250 000 €120 000 € (48 %)130 000 €
Achat au-dessus du plafond320 000 €120 000 € (38 %)200 000 €
Petit budget / investissement110 000 €110 000 € (100 %)0 €

Un plafond fixé en 2002 et jamais indexé couvrait alors la quasi-totalité d'un prêt moyen. Vingt-quatre ans plus tard, il en couvre moins de la moitié en Île-de-France. C'est un point rarement exposé dans les comparatifs d'assurance de prêt, alors qu'il détermine ce qui reste réellement à la charge d'une famille dans les douze premiers mois d'un crédit.

Rappel : ce plafond ne joue qu'en première année. À partir de la deuxième, l'alinéa 2 impose la couverture du suicide sans plafond légal, dans la limite du capital assuré et de votre quotité.

Questionnaire de santé et loi Lemoine : qu'est-ce qui ne change pas ?

La loi du 18 août 2026 traite d'un risque couvert. Elle ne touche ni à la souscription, ni au droit de résiliation. Trois régimes restent inchangés et continuent de s'appliquer en parallèle :

Point utile à connaître en cas de changement de contrat : la nouvelle règle étant légale et non contractuelle, elle vous suit. Un contrat de délégation souscrit chez un assureur alternatif est soumis exactement au même article L. 132-7 que le contrat groupe de votre banque. La couverture de l'aide à mourir ne peut donc pas constituer un critère de différenciation entre offres, ni un motif de refus d'équivalence.

Les quatre points à vérifier dans votre contrat aujourd'hui

  1. Votre quotité d'assurance. C'est elle, et non la cause du décès, qui détermine la part du capital restant dû effectivement remboursée. Sur un prêt à deux assurés à 50/50, seule la moitié de la dette s'éteint. Voir comment choisir sa quotité.
  2. La date d'effet de votre garantie décès, distincte de la date de signature de l'offre de prêt. C'est elle qui sert de point de départ à la première année de l'alinéa 1.
  3. L'existence d'une augmentation de garanties en cours de contrat (prêt complémentaire, rachat d'exclusion, hausse de quotité) : pour la part supplémentaire, le délai suicide repart pour un an à compter de l'augmentation.
  4. La nature du bien financé. Le plafond de première année ne joue que pour l'acquisition du logement principal ; il ne couvre ni la résidence secondaire ni l'investissement locatif.

À retenir. Aucune démarche n'est nécessaire pour bénéficier de la nouvelle règle : elle est d'application directe et couvre les contrats en cours. En revanche, si un assureur oppose une clause d'exclusion rédigée avant août 2026, demandez systématiquement un refus écrit et motivé visant l'article L. 132-7 dans sa version en vigueur : c'est la pièce qui ouvre la réclamation puis la médiation.

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Questions frequentes

L'assurance de prêt rembourse-t-elle le crédit en cas d'aide à mourir ?

Oui. Depuis la loi n° 2026-794 du 18 août 2026, l'article L. 132-7 du code des assurances prévoit que l'assurance en cas de décès couvre le décès résultant de la mise en œuvre de l'aide à mourir. L'assureur verse le capital restant dû à la banque, à hauteur de la quotité assurée, comme pour tout autre décès garanti.

Mon contrat signé avant 2026 est-il concerné ?

Oui. L'article 18 de la loi précise que la disposition s'applique aux contrats d'assurance en cas de décès en cours à l'entrée en vigueur de la loi. Aucun avenant, aucune déclaration ni aucune surprime ne sont nécessaires. Si votre notice d'information ne mentionne rien à ce sujet, c'est simplement qu'elle a été rédigée avant août 2026.

Le délai de carence d'un an prévu pour le suicide s'applique-t-il ?

Le texte ne le prévoit pas. Le législateur a inséré la couverture de l'aide à mourir dans un alinéa autonome de l'article L. 132-7, distinct des alinéas consacrés au suicide, sans condition de durée ni plafond. Aucune jurisprudence n'a encore tranché ce point : en cas de refus, exigez une motivation écrite visant l'article dans sa version en vigueur.

Que couvre le plafond de 120 000 euros ?

Il concerne uniquement le suicide survenu pendant la première année du contrat, lorsque le prêt finance l'acquisition du logement principal. Fixé par le décret n° 2002-452 du 28 mars 2002, il n'a jamais été revalorisé : face à un emprunt moyen de 190 000 à 250 000 euros en 2026, il couvre entre 48 et 63 % du capital. À partir de la deuxième année, le suicide est couvert sans plafond légal.

Un assureur peut-il exclure l'aide à mourir de ses garanties ?

Non. La rédaction du texte est impérative : l'assurance en cas de décès couvre ce risque. Une clause contractuelle contraire, y compris antérieure à la loi, est privée d'effet. Le même dispositif a été inséré à l'article L. 223-9 du code de la mutualité pour les contrats mutualistes.

Cela change-t-il quelque chose au questionnaire de santé ou à la loi Lemoine ?

Non. La loi du 18 août 2026 porte sur un risque couvert, pas sur les conditions de souscription. La suppression du questionnaire médical reste soumise aux critères de la loi Lemoine (part assurée inférieure ou égale à 200 000 euros et échéance avant le 60e anniversaire), et la résiliation à tout moment reste soumise à l'équivalence de garanties.

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Sources : Légifrance — LOI n° 2026-794 du 18 août 2026 relative au droit à l'aide à mourir, Légifrance — article L. 132-7 du code des assurances, décret n° 2002-452 du 28 mars 2002, code de la mutualité art. L. 223-9, Observatoire Crédit Logement/CSA (juillet 2026), CCSF - Mis a jour le 3 septembre 2026

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